
"Escalier Salammbô". 1980.
Il s'agit d'un vaste hommage à Gustave Flaubert: Gustave Flaubert 1880-1980. Escalier Salammbô. 1980 marquait le centenaire de la mort de Gustave Flaubert. Cela coïncidait avec le centenaire du Musée des Beaux-Arts du Canada.Pour l'occasion, j'avais présenté à ce musée un projet qui rendait hommage à l'écriture et à l'architecture de Flaubert, élaboré en 4 étapes :
De 1978 à 1980, j'avais retranscrit, à la main, les six principaux ouvrages de Flaubert: Madame Bovary, Salammbô, L'Éducation sentimentale, La Tentation de saint Antoine, Trois Contes et Bouvard et Pécuchet. J'avais utilisé les éditions parues dans Garnier-Flammarion (les initiales de Gustave Flaubert...). Ces retranscriptions manuscrites furent réalisées sur des feuillets ayant les dimensions des manuscrits de Flaubert. Pour cela j'avais, à l'époque, demandé par lettre l'information aux bibliothèques de France où sont déposés ces manuscrits. Une seule m'avait répondu. J'avais donc utilisé un format général pour les six ouvrages.
En parallèle à ce travail de retranscription manuscrite ("recopie" au sens où peut-être l'entendaient Bouvard et Pécuchet...), j'avais compté, pour chacun des ouvrages, le nombre de mots, de phrases et de paragraphes (à la main - nous sommes en 1978-79 et je n'avais pas accès à l'informatique).
En utilisant ces trois données, j'avais fait construire un escalier correspondant à l'architecture du roman. Soit: le nombre de chapitres donnait le nombre de marches de l'escalier; le nombre de mots la largeur de ladite marche; le nombre de phrases la profondeur et le nombre de paragraphes la hauteur. Ainsi, lorsque le spectateur entrait dans la salle du musée, il trouvait devant lui un immense escalier qui était, véritablement, la mise en espace du texte de Flaubert. L'escalier Salammbô fait quelque 10 mètres de long; près de 4 mètres de hauteur; et 4 mètres de largeur (soit la marche la plus large, le fameux chapitre 7).
Enfin, pour rendre hommage à ce que Flaubert appelait "l'épreuve du gueuloir", j'ai lu à haute voix sur l'escalier correspondant, en public, sans arrêt, et ce pendant 14 heures, le roman Salammbô avec ma retranscription manuscrite du livre. Ainsi, j'ai lu le chapitre 1 sur la marche 1, le chapitre 2 sur la marche 2, et ainsi de suite jusqu'à la fin du 15e chapitre. À la fin, je sautai (dans le vide) en bas de l'escalier. Cette lecture a eu lieu le 9 août 1980. J'avais 24 ans.







